Pigistes photographes

Le contexte des pigistes photographes est très différent et sans doute encore plus défavorable. A l'heure actuelle, quasiment plus aucun média n'embauche de photographes, et la pige devient la règle.

 

Le statut

Répétons-le, même si c'est une évidence : oui, les photographes, quand ils travaillent pour la presse :

  • sont des journalistes. Lire notre preuve n°3. Une image de presse, c'est une information, pas une oeuvre d'art, ni une marchandise.. 
  • ont droit, quand leurs revenus leur permettent d'entrer dans les critères CCIJP, d'avoir une carte de presse. Lire nos articles sur la carte de presse. A savoir : la Commission accepte de prendre en compte les revenus Agessa pour les reporters photographes les trois premières années, s’ils apportent la preuve qu’ils ont effectué des démarches vis-à-vis de leurs commanditaires pour régulariser leur situation.
  • doivent être payés en salaire, pas en droits d'auteur ni en factures comme des autoentrepreneurs, et encore moins au noir. Lire nos articles sur le statut de salarié des journalistes et sur les statuts à éviter.

En aucun cas nous ne préconisons de créer sa société pour pouvoir vendre des photos à la presse, même si énormément d'agences et de médias le demandent, au risque d'être redressés par l'Urssaf !

Lire :

 

Comment et à qui vendre ses photos ?

Comment démarcher ? Pour démarcher auprès des services photo, il est conseillé d'avoir un press-book, sur papier ou fichier numérique, mais pas trop long : maximum 30 photos. Evidemment, disposer de son site internet personnel est un plus, à condition qu'il soit beau et ergonomique.

 

  • Les agences filaires : AFP, Reuters, AP, EPA... Elles ont leurs propres photograpehs salariés et travaillent aussi avec des pigistes réguliers, dits "stringers", qui reçoivent des commandes, et sont payés qu'ils soient publiés ou pas. Ils ne restent en général pas propriétaires de leurs photos, mais conservent l’inaliénable droit moral sur leur travail.

 

  • Les agences classiques : Attention, elles essaient souvent de payer en droits d'auteur !!! Généralistes, comme Sipa, Rea, Myop, MaxPPP.... Spécialisées comme Outback images (nature, terroir), Ciric (religieux)... Les pigistes leur proposent leurs sujets en amont de faire leurs photos (en spéculation) ou des photos déjà réalisées. Ils travaillent avec leur propre matériel et paient leurs déplacements. Ils restent propriétaires de leurs photos et utilisent surtout ces agences pour la revente de leurs archives.

 

  • En direct : Le pigiste traite directement avec un média, soit de manière régulière soit de manière ponctuelle. Il reçoit une fiche de paye à chaque collaboration, y compris pour des parutions de photos d’archive. Malheureusement, dans les faits, beaucoup de médias tentent de payer en droits d’auteur ou en facture. Il faut leur rappeler la convention collective. .

 

  • Via un collectif de photographes : Divergence, Réservoir photo, french-politics… Formés le plus souvent en associations, ces collectifs, contre une cotisation mensuelle, mettent au service des leurs adhérents un portail de distribution d’images. Les services photo viennent y télécharger des fichiers photo qui, lorsqu’ils paraissent, sont payés en salaires directement à leurs auteurs. 

 

A savoir - Après une commande d’un reportage photo, un journal ou son groupe peut avoir le droit de réutiliser les images produites pendant une certaine durée sans vous payer à nouveau, que ce soit sur papier ou sur leur site. Tout dépend des accords signés au sein du groupe. Attention donc à ne pas revendre ces photos trop tôt! Une fois le délai passé, feu vert. C'est ainsi que vous pouvez confier vos photos à une agence ou les mettre sur le site d'un collectif pour qu'elles puissent être revendue.

 

Comment travailler en binôme avec un rédacteur ?

Eugénie "Deux cerveaux, deux fois plus de motivation et d'idées, deux points d'entrées dans les rédactions (le photographe par le service photo et le rédacteur par le chef de rubrique/rédacteur en chef), les avantages du travail à deux sont nombreux. Pour ne pas faire fausse route il faut bien choisir son binôme et être clair sur les conditions de cette collaboration en se posant les bonnes questions : qui sollicite les rédaction ? qui gère le synopsis ? qui fait les relances ? La rémunération fait aussi partie des points importants. Je partage toujours 50 - 50 avec mes équipiers, j'estime que si l'on travaille à deux c'est du début à la fin ! Cela le semble plus juste (les variations entre les tarifs de piges photo et texte étant parfois astronomiques) et cela facilite aussi les choses en cas de revente". 

 

 

Quels tarifs ?

Il n'existe pas de barème minimum légal négocié entre partenaires sociaux. 

Partout les prix baissent. 

L'UPP (Union Photographes Professionnels) ou la FNAPPI (Fédération Nationale des Agences de Presse Photos et Informations) émettent chacun le sien, indicatif. Il est conseillé de ne pas aller en-dessous pour ne pas casser les prix.

Le syndicat de la presse magazine a sa propre grille, mais très basse.

Chaque publication veut imposer ses tarifs de parution aux photojournalistes et ils varient parfois, pour deux concurrents, du simple au double !  Par exemple, dans la presse hebdomadaire nationale d'information, on constate le quart de page entre 190 et 260€, mais la page entière ne dépasse jamais les 700€. Dans un quotidien national, les tarifs vont de 50 à 230€ le quart de page. 

Un travail sur plusieurs pages se négocie souvent au forfait ou à la journée.

Les agences prennent entre 40 et 60% du tarif payé par le média client. Quand elles payent en salaire, il reste parfois à peine plus de 30 % net du prix de vente de l’image pour le photographe.

Sur le web, c'est le royaume du piratage et du gratuit ou quasi gratuit. Les diaporamas n'ont pas encore vraiment trouvé leur modèle économique et se vendent entre 100 et 300 €, quand ils ne sont pas simplement offerts contre visibilité. 

Il n'est pas interdit de négocier les tarifs. Qui ne tente rien n'a rien !

 

 

Frédéric - "Ce que je préfère, c’est la PQR. J’adore. Beaucoup critiquent, mais on en apprend tous les jours, même dans une assemblée générale, où faire une belle photo n’est pas simple. Il y a toujours des infos à glaner, des gens à observer. D’ailleurs, je propose beaucoup de sujets aux rédacteurs. Pendant 18 ans j’ai été payé 55€ brut la journée, quel que soit le nombre de sujets et de photos publiées. Depuis peu je suis payé à la photo : de 10€ le petit portrait à 35€ le reportage de trois heures. C’est beaucoup mieux, mais je gagne rarement plus de 70€ brut la journée. Je ne pourrais pas vivre que de cela. Je m’en sors avec quelques reportages pour la presse magazine spécialisée et ma société, pour des commandes institutionnelles, en photo et vidéo."

 

Vol de photos et droits de reproduction
  • La question du crédit photo

Le crédit photo est obligatoire. Il n'est pas forcément contre la photo, mais peut se situer en début ou fin d'article, avec la signature du rédacteur. Il doit indiquer le nom du photographe voire aussi de l'agence. 

"DR" signifie "droits réservés". Les médias écrivent cela quand ils ne sont pas scapables de sourcer la photo (souvent les photos de services de presse).  

 

  • La riposte en cas de vol

Si vous découvrez dans un journal ou site internet ou même utilisée dans une émission de télévision une photo qui ne vous a pas été payée, mais qui a été reprise sans doute sur internet, la CFDT vous conseille :

  • envoyer une lettre recommandée à l'éditeur. Vous y constatez l'utilisation de la photo et rappelez la loi. C'est de la contrefaçon. Vous demandez à ce qu'ils vous payent trois fois le prix : une fois pour la photo telle qu'elle aurait dû être payée, une fois pour le vol, et une fois pour ne pas y avoir mis le crédit.
  • dans la plupart des cas, le média vous rappelle et tente de négocier. Bien-sûr, étudiez cette réduction.
  • si l'éditeur ne répond pas, contactez la CFDT-Journalistes

 

Lisez encore ces conseils formulés par un photographe, Sébastien Roignant, qui n'est pas journaliste, mais livre ses recettes sur son site de formation à destination des photographes : http://www.funquatre.fr. Merci à lui d’avoir accepté de mettre à notre disposition ses vidéos.

 

 

  • Adhérer à la Scam ou à la Saif

Ces sociétés de gestion collective des droits d'auteur représentent les auteurs auprès des législateurs. Elles collectent et répartissent certains droits auxquels les auteurs photographes ont difficilement accès, notamment la reprographie, pour la copie privée, pour le droit de prêt en bibliothèque, pour les exploitations effectuées à des fins pédagogiques…

On ne peut être membre que d’une seule société d’auteurs et pour cela, il suffit d’acheter une fois pour toutes et pour un prix modeste une part de la société, sans oublier de transmettre un relevé annuel de ses travaux parus. 

 

La question du matériel

Un pigiste photo arrive souvent sur le terrain avec 15.000€ de matériel. Certains journaux contribuent à son renouvellement en comptant une partie de la pige dédiée au matériel.

Il faut souscrire soi-même une assurance, car la grande majorité des médias refusent de le faire pour ses pigistes.

 

Se faire embaucher ?

Comme tout travailleur, les pigistes photographes ont droit à être embauchés. Pourtant, très peu de journaux continuent à embaucher des photographes permanents. Certains photojournalistes travaillent quasi quotidiennement à la pige pour des quotidiens nationaux depuis 20 ans ! Seule la PQR a encore un nombre conséquent de photographes, mais il faut passer par un véritable parcours du combattant, de CDD en piges et en périodes de carence, souvent sans jamais aboutir. 

Même si leurs pigistes se font une paye à la hauteur d'un permanent, ils préfèreront toujours les maintenir dans la précarité, avec le soupçon persistant qu'en avançant en âge ou bien en acquérant la sécurité de l’emploi, un photographe est moins vif. On peut le déplorer. On peut aussi se battre, avec nos représentants du personnel, pour que les embauches n'oublient pas systématiquement les photographes, qui sont si indispensables à l'information

 

 

Arrondir les fins de mois et faire durer son travail par des expos, de l'édition, de la communication

Nous vous encourageons évidemment à présenter vos images à un maximum de prix et festivals de photojournalisme. Si votre travail ressort du lot, cela lui donnera une reconnaissance. Néanmoins, on ne fonde pas une carrière sur ce genre d’exercice. C’est dans la presse papier ou numérique que vos reportages doivent trouver leur place.

Quant au travail dit « de corporate » ou la publication de livres, c’est autre chose. C’est une activité d’auteur rétribuée par des cessions de droits d’auteur (AGESSA, Maison des artistes…), qui ne doit pas être confondue avec l’exercice du journalisme qui doit représenter plus de 50% de vos revenus si vous voulez conserver ou obtenir la carte de presse.