72 bulletins de paie, mais pas salariée !

Journaliste, un de ses employeurs cesse de la faire travailler, mais refuse de lui donner son attestation d'employeur. Pas de problème, pour le conseil des Prud'hommes de Périgueux, qui la considère comme une prestataire de service ! Claude-Hélène Yvard témoigne.

 

Des prestations de service. C’est ainsi que le Conseil des Prud’hommes de Périgueux qualifie dans sa décision du mois de juin, le journalisme exercé à la pige. Présenter 72 bulletins de paie, attestations de carte de presse, des échanges de courriels présentant la régularité de la collaboration. Rien n'y fait. Pour eux, ce n’est pas du salariat. « Car il n’y a pas de contrat de travail »

Scandaleux, incroyable mais vrai. Puisqu’il s’agit de mon cas personnel. Je m’appelle Claude Hélène Yvard, j’exerce le métier de journaliste depuis 23 ans. J’ai travaillé en tant que mensualisée  et à la pige. Et aujourd’hui, je dois prouver que le journalisme exercé à la pige est une activité salariée. C’est tout simplement la loi. Nous en sommes arrivés à un tel point de désinformation générale sur le cadre légal de notre profession, qu’il faut désormais s’acharner à prouver l’évidence.

Cette mauvaise aventure a pourtant débuté de manière la plus banale, par une diminution de piges, puis plus de commandes du tout, malgré des relances et de nombreux courriers. J’ai voulu tout simplement faire notifier la rupture d’une collaboration. Celle-ci durait depuis plus de sept ans avec ce titre de la presse économique en Aquitaine dont j’étais correspondante sur la Dordogne.


N’ayant plus de commande depuis plusieurs semaines, j’étais en droit de demander un licenciement en bonne et due forme.  Puisque par la loi la pige équivaut à un CDI. Bénéficiant à cette époque, d’un chômage partiellement indemnisé, j’ai voulu obtenir une attestation d’employeur demandée par Pole emploi. Pour obtenir ce fameux document, j’ai dû, après maintes relances auprès de l’entreprise et en désespoir de cause,  saisir le conseil des Prud’hommes.

Et la décision est digne de Kafka. Ce jugement m’a bouleversée mais pas abattue. Il remet en cause des années d’exercice d’un métier que j’ai choisi.  Ces conseillers n’ont rien compris aux spécificités du métier de journaliste. Et ils mettent encore plus à mal une profession qui souffre. Quand les journalistes seront -ils respectés dans leurs droits ?
Bien sûr que nous avons fait appel. Fait rare pour être souligné, trois syndicats (la CFDT qui me soutient depuis le début), le SNJ et la CGT sont derrière moi et se  sont joints à la procédure. Oui, l’heure est grave. Si cette décision faisait jurisprudence, il en serait fini du journaliste pigiste.

 

Claude Hélène Yvard

Carte de presse 76085